lundi, 21 janvier 2008
D'un rakia à "l'esprit des Balkans"
Kafana. Restaurant typique serbe, centre de Belgrade.
Alors que nous mangeons, un groupe de musique gypsy fait irruption. Les gens se lèvent et commencent a danser. Une farandole démarre et fait le tour des tables. Les gens sortent dehors puis rentrent a nouveau en se tenant par les bras. On monte sur les tables, on chante.
22h30, le restaurant se vide peu a peu. Le groupe gitan s’arrête. Un homme assis à une table à côté de nous les retient. Il sort une liasse de son portefeuille, appelle le chef d’orchestre, lui montre une serviette en papier et aligne billet sur billet. Il replie la serviette de table et la tend au chanteur. La musique repart de plus bel et les musiciens entourent la table et jouent pour l’homme et ses amis.

Le concert touche à sa fin. Au bruit de la grosse caisse l’orchestre s’éloigne. Il ne reste plus que trois tables occupées : la nôtre, celle de nos voisins et, plus loin, celle d'un couple. Ils sont grecs. L’homme parle serbe, il a étudié ici pendant trois ans lorsqu’il était jeune.
On nous sert de la Rakia. Nous nous retrouvons tous à la table des Serbes.
L’homme qui nous a invite à sa table, barbu et les cheveux mi-longs, fait signe à ses amis. Ils se saisissent de leurs instruments. C’est reparti pour la musique. Lui se met à chanter. Il appelle le serveur posté à l’entrée, un vieux, le visage creusé par les rides, les yeux rieurs. Il lui prend son béret, s’en coiffe et éparpille ses cheveux sur ses yeux. Il prend alors un couteau sur la table et le porte entre ses dents. Nous voici ainsi face à face avec une reproduction de l’affiche de propagande nazie contre le bolchevisme. Tout le monde éclate de rire. L homme nous explique que la musique est en fait le chant des partisans yougoslaves durant la seconde guerre mondiale. Il nous demande d’où nous venons. Fransousca? Il lève la main, la musique s’arrête. C’est pour vous. Il entame un nouveau chant, plus mélancolique. Notre voisin nous explique que cette chanson raconte la fraternité entre les soldats serbes et français pendant la première guerre mondiale... Car oui, « nos peuples sont amis ».
On nous offre de nouveau de la rakia. Notre « bolchevique » engage la conversation avec le Grec. Ils parlent politique. Plus spécifiquement du Kosovo. Sujet sensible. Le ton monte. Peu après, le Grec nous dit que même s’ils ne sont pas d’accord sur ce point, ils sont frères.
« Savez-vous que le seul pays européen à avoir condamné les bombardements en 1999 est la Grèce? Nous les aimons, c'est ça l'esprit des Balkans ».

Un de nos voisins explique que le fait de revendiquer un Kosovo serbe n’a rien d’ « ultranationaliste » :
« Nous ne sommes pas des fascistes. Nous avons combattu ensemble en 1914. En 1940, nous luttions contre Hitler. La situation au Kosovo est comme qui dirait la même que pour le Pays Basque en Espagne ou la Corse en france. J'ai mes frères et soeurs qui vivent là-bas. De plus, le Kosovo est le berceau de notre nation. Aujourd'hui il y a une répression terrible contre les Serbes de la province. Nous devons les protéger. Mais aussi réussir a vivre en paix avec les Albanais... »
il se fait tard. Derniers verre de rakias, un pour nous porter chance, un pour la route... 'Jiveli' Nous prenons congés de nos hôtes. Ils nous remercient, cela est réciproque... Avant de partir, ils nous donnent leur numéro de téléphone : « Si vous avez besoin d'aide, n'hésitez pas... »
16:25 Publié dans Là-bas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : belgrade, politique, grec, serbe, gypsy, nuit, fête
dimanche, 20 janvier 2008
C'est bien le pays de Kusturica
Belgrade, samedi, 17h : rencontre avec Ivan, qui travaille pour une chaîne de télé, à notre QG improvisé. Discours plus radical, sûrement choquant pour des Français, à base de code génétique et de "3ème voie"*.
19h : Marko du SUS nous amène au siège de campagne du LDP. Nous croisons le candidat qui anime un séminaire avec un parti jumeau croate. Boris, 24 ans, un des cofondateurs du parti, nous fait visiter les locaux. Nous l'interviewons*. Nous allons nous rendre à leur salle de presse ce soir afin de vivre avec ces jeunes militants les résultats du premier tour.
21h : nous entrons par hasard dans un petit restaurant, un "kafana". On mange (bien) et soudain des musiciens gypsys font irruption. Musique frénétique*.
* Photos et vidéos en ligne demain...
15:30 Publié dans Là-bas, Les coulisses, Nuit | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : belgrade, meeting, politique, présidentielles, coulisses, kafana, gitans
Focus sur le LDP, Parti Libéral Démocratique
- Pas un danger immédiat pour les autres candidats
Cedomir Jovanovic, leader du LDP, est le troisième homme de ces élections présidentielles. Devant lui, Boris Tadic (Parti démocrate, DS) le président sortant, et Tomislav Nikolic (Parti radical serbe, SRS). Crédité de moins de 5% des votes dans les sondages, l'homme n'apparaît pas comme un danger immédiat pour les deux principaux candidats. Il fait partie des "petits" de ces élections, avec Velimir Ilic (Ministre des Infrastructures, Nouvelle Serbie, NS, 4% des voix) et Milutin Mrkonjic (ancien proche de Slobodan Milosevic, Parti socialiste de Serbie, SPS, 4% des voix). Les paris le donnent 5ème.
- Pro-européen, anti-nationaliste
Comme Boris Tadic (Parti Démocrate, DS), Cedomir Jovanovic est pro-européen. Ce qui en fait déjà un original dans ce scrutin. Les trois autres principaux candidats sont populistes (Velimir Ilic, Nouvelle Serbie, NS, ou Milutin Mrkonjic, Parti Socialiste, SPS) ou franchement ultranationalistes, comme Tomislav Nikolic (Parti radical serbe, SRS), favori dans les sondages.
- Le seul pour l'indépendance du Kosovo
Sa particularité? Il est le seul à se déclarer favorable à l'indépendance du Kosovo. Ses prises de position dans le passé sur l’indépendance du Kosovo, celle du Monténégro, et la coopération avec le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) en ont fait un homme controversé. Ses détracteurs l'ont accusé d'être un traître à la patrie.
"Le Kosovo est indépendant depuis neuf ans. Je suis prêt à affronter le fait que la Serbie a perdu son droit à gouverner le Kosovo et qu'elle est devenue un havre pour toutes sortes de criminels de guerre présumés, de politiciens des temps de guerre et de profiteurs"
(C. Jovanovic dans un entretien accordé à Reuters, voir ici).
En décembre 2007, il s'était opposé à la résolution, finalement adoptée par le parlement serbe, sur la sauvegarde de la souveraineté et de l'intégrité territoriale. Cette résolution permet dans les faits de rompre tout accord avec des pays qui reconnaîtraient l'indépendance d'une province, en l'occurrence, le Kosovo. Pour Cedomir Jovanovic, cette décision du parlement compromet gravement l'avenir européen de la Serbie.
- Trop jeune?
Le leader du LDP, 36 ans, semble handicapé par son âge. Trop jeune, disent certains, dans un pays où lors des derniers scrutins, 90% des retraités ont voté, contre 11% seulement des moins de 25 ans (voir ici)...
MC
14:45 Publié dans Etat des lieux, Revue de web | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : cedomir jovanovic, ldp, ceda, serbie, politique, elections, presidentielles
vendredi, 18 janvier 2008
Entretien avec Marko, d'une nuit à l'autre
Marko, 22 ans, est étudiant en école de commerce. Il organise aussi des soirées pour une boite de nuit de la capitale. Pour lui rien ne vaut la vie nocturne belgradoise. Pourtant il a déjà voyagé : Bulgarie, Grèce, Roumanie et Hongrie… La particularité de Belgrade ?
« Il y a une super ambiance, les gens sont plus relax. Si tu veux sortir tous les soirs c’est possible ici. En plus, tous les types de musique ont leurs clubs, et surtout, les filles sont vraiment mignonnes… »Son avenir ? Il s’imagine en businessman :
« Je ne sais pas encore, mais j’ai beaucoup d’ambition ici. Je veux juste être mon propre patron, pour éviter de me retrouver sans emploi. J’aimerais avoir mon propre club… »
Marko est un jeune de son temps, avec ses rêves, ses espoirs. Quelles sont ses attentes à propos des élections présidentielles de ce week-end ?
Marko avait 6 ans lors de la guerre de Bosnie, 14 lors de la guerre du Kosovo et le bombardement de Belgrade par les forces de l’Otan. Il se souvient …
Si la guerre de 1991 avait épargné Belgrade, 1999 a touché la capitale Serbe de plein fouet. Malgré cette période « hallucinante et traumatisante », cette culture de la fête, même sous les bombardements, n’a pas été entamée…
GD
Montage : GD
Prise son : CM
Photos : LF
23:15 Publié dans Là-bas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : belgrade, manifestation, meeting, politique, armée, présidentielles, marko
Une nuit à Belgrade
Il y a presque 10 ans, alors que Belgrade tremblait sous les bombardements, la jeunesse se retrouvait pour danser dans les caves des immeubles, pied-de-nez aux étages qui s'écroulaient.
2008, à l'auberge de jeunesse, avec des Croates, des Serbes, des Américains, autour d'une bouteille et de fajitas. Discussion de voyageurs sur le Kosovo. Points de vue divergents. Pourtant on joue au chat dans la cuisine.
2008, un peu plus tard, avec la jeunesse dorée de la capitale serbe. Des shooters, de la musique traditionnelle jouée "live" sur des beats internationaux. Un mélange des genres, un mélange des alcools, la même envie de s'amuser. Une ouverture entre tous les vents de la rose, et cette fois sans heurt.
Est-ce cela, la Serbie d'aujourd'hui ?
Quelques photos partiales de notre nuit, entre le Stephen Brown Garden, Winter, et le Theatre, versions ultraviolet et noir & blanc.
Il y a aussi le portfolio de Staubprojekt.
Merci à Marko pour tout.
13:00 Publié dans Là-bas, Nuit | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : belgrade, serbie, reportage, photo, reporter, kosovo, politique
jeudi, 17 janvier 2008
Meeting, assemblée constitutive SUS, et une nuit en rouge

Jeudi 17h, centre ville de Belgrade, rue piétonne. Les sympathisants de Velmir Illic, candidat du parti Nouvelle Serbie, se rassemblent peu à peu autour d'un podium encadré par 2 écrans géants. Images de meetings et clips de campagne tournent en boucle. Drapeaux, stylos et ballons sont distribués par les militants. Tranquillement, la foule attend l'apparition de l'orateur. Un calme qui tranche avec les applaudissements et les cris déversés par les enceintes. Sur scène un monsieur Loyal organise la disposition des militants pour la télé. Dans la foule, un constat frappant : peu de jeunes et surtout, très peu de femmes.

Créé en 1997 par des dissidents du Parti du Renouveau Serbe, Nouvelle Serbie est un parti nationaliste modéré. En 2007, Nouvelle Serbie appartenait à une coalition avec le parti démocrate du premier ministre Vojislav Kostunica. 10 des 47 sièges de la coalition étaient revenus à Nouvelle Serbie.



L'après-midi s'est poursuivie avec la première assemblée constitutive du SUS. Il est 23h56 à Belgrade, nous venons de discuter avec des jeunes Croates et Serbes de notre auberge de jeunesse. Nous partons rejoindre Marko, qui va nous faire découvrir la nuit belgradoise.
23:55 Publié dans Là-bas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : belgrade, manifestation, meeting, politique, armée, présidentielles, velmir illic
Entretien avec Valentina Boskovic, International Officer SUS
"We cannot expect a change suddenly, but we have to work for that" Valentina Boskovic
Interview réalisé hier après-midi, dans les locaux du SUS.
12:43 Publié dans Etat des lieux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : belgrade, serbie, reportage, photo, reporter, kosovo, politique
mercredi, 16 janvier 2008
Jour 2 : Immeubles en vrac, gendarme pas photogénique et engagement étudiant
Balade dans les rues de la capitale. Là encore, les affiches de campagne sont partout, parfois sur des murs portant les stigmates de la guerre passée.
Des immeubles détruits par les missiles de l’OTAN sont conservés, au bord d’un boulevard ou coincés entre deux bâtiments rénovés, à peine isolés des passants qui ne semblent plus les voir. Je suis surprise de voir que nous sommes les seuls à lever les yeux. Certains, eventrés ou en partie effondrés, sont protégés par une pallissade; d'autres , toujours occupés, portent des impacts de balles.
Le quartier rassemble essentiellement des ambassades et des bâtiments officiels, des militaires en arme stationnés aux coins des rues; l'un d'entre eux refuse de se laisser photographier. Un gendarme traverse la rue depuis l'ambassade américaine, nous aborde à coup de "no pictures!" et nous demande de le suivre. Nous nous en tirons en supprimant les quelques clichés.
C.M.

@CM

@GD

@LF

@GD

@LF

@GD

@LF
Une claque. Je crois que je n'avais jamais vu des traces de guerres récentes. Immeubles déchiquetés. Murs défoncés. Et des patrouilles qui circulent autour et qui ne se laissent pas photographier.
Boulangerie réconfortante, des croissants au beurre. Bouiboui d'une gare où on mange un de ces « tient-au-corps ». Rendez-vous devant l'Hotel Moscow, avec Valentina de la Student Union of Serbia, nouvellement elue International Officer (portrait demain matin, sur le blog). De l'engagement dans les yeux, de la clairvoyance dans les mains : "ça prendra du temps". Echos de Rilke et des autres grands "ce qui est possible est immense".
Retour à l'auberge, avec la fièvre des nouveaux arrivants. Programme chargé demain : couverture de la premiere Student constitutive Assembly, rencontre avec des responsables de l'AIESEC, et enfin avec Marko, promoteur de soirées à Belgrade.
LF
23:45 Publié dans Là-bas | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : belgrade, serbie, reportage, photo, reporter, kosovo, politique
Interview de Maria, militante du LDP
Sortie de l’aéroport, taxi direction le centre ville de la capitale serbe.
On ne peut louper les grands panneaux publicitaires qui se succèdent dans la banlieue belgradoise. Format 3x5 mètres, sur fond blanc-bleu-rouge, les deux principaux candidats posent, un sourire figé, tous les 100 mètres. Boris Tadic, Parti Démocratique (et président sortant), et Tomislav Nikolic, candidat du Parti Radical Nationaliste.
Ils ne nous quitteront plus, impossible de les ignorer. Ils s’imposent en ville sur des calicots tout aussi grands, alors que leurs militants recouvrent le moindre espace libre. Il ne semble y avoir que deux candidats à cette élection.
Quelle ne fut pas notre surprise de rencontrer dans les rues piétonnes Maria, militante du LDP, le Partie Libéral Démocrate. Ce parti présente Cedomir Jovanovic à l’élection présidentielle. Peu d’espace pour celui qu’on présente déjà comme le troisième homme de cette élection.
Le LDP tient une ligne politique différente de ses deux concurrents. Il est prêt à reconnaître l’indépendance du Kosovo. Pourquoi ? Non par choix idéologique - mais pour, enfin, tourner la page de la décennie de guerre qui a marqué le pays. Maria nous explique que « la Serbie n’a pas les moyens de recueillir les Serbes du Kosovo. Il faut que la province devienne indépendante, mais que l’ensemble des populations vive ensemble, comme à l’époque de la Yougoslavie. »
12:55 Publié dans Etat des lieux | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : belgrade, serbie, reportage, photo, reporter, kosovo, politique
lundi, 14 janvier 2008
Revue de presse / blog avant de partir
A midi, selon l'AFP,
"le gouvernement serbe a adopté un plan d'action en cas d'indépendance du Kosovo, pouvant conduire Belgrade à rompre les relations diplomatiques avec les pays qui reconnaîtraient cette indépendance".
Alexandre Adler dans le Figaro (11 janvier) constate lui que:
"la Russie a décidé, après de nombreuses humiliations dans les années 1990, de faire entendre son point de vue beaucoup plus fortement favorable à Belgrade. Il se trouve que l'élargissement de l'Union européenne a multiplié les États de confession orthodoxe. Outre la Grèce à présent, Chypre, la Bulgarie et la Roumanie sont favorables au point de vue russe. Même un État comme l'Espagne, qui craint de plus en plus des processus sécessionnistes en Catalogne ou au Pays basque, n'est pas défavorable à un gel de la situation. Or l'acceptation d'une séparation unilatérale du Kosovo viole, cette fois-ci, le droit international en ce que le Kosovo n'a jamais été une République yougoslave de plein exercice, à l'instar de la Bosnie ou du Monténégro, mais seulement une province autonome de la Serbie."
Par ailleurs, selon l'AP,
"la Commission électorale serbe a interdit à des observateurs américains et britanniques de superviser le scrutin présidentiel serbe du 20 janvier".
Cependant 23 observateurs de l'OSCE sont eux autorisés à venir. On peut rajouter à cela que le parlement serbe a consacré la neutralité, et de fait remet à plus tard une éventuelle adhésion à l'OTAN.
Ces 2 événements semblent illustrer une forte tension entre zone d'influence russe et zone d'influence "occidentale". Serbian Watch annonce que:
"Ce pied de nez est le premier coup d'arrêt à l'élargissement de l'OTAN vers l'Est (c'est-à-dire la zone d'influence russe). C'est un geste qui pourrait se révéler d'une importance stratégique à l'avenir".
Bref la situation est digne des périodes les plus chaudes de la guerre froide, et Gary J. Bass, un professeur de Princeton, se demandait dans le New York Times "Who deserves statehood?"
On entend finalement peu parler les "peuples" et la société civile dans les médias. Espérons donc que notre reportage permettra de prendre la température sur place.
15:15 Publié dans Etat des lieux | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : élections, serbie, kosovo, indépendance, adler, opinion, politique











